Fin de l’or brut à l’export : la Guinée peut-elle réussir le pari du raffinage local ?

C’est l’une des décisions économiques les plus fortes de l’année. En juin 2026, devant les opérateurs industriels, semi-industriels, artisanaux et les comptoirs d’achat, le Président Mamadi Doumbouya a annoncé la fin des exportations d’or brut : « L’or guinéen sera fondu, certifié et transformé en Guinée avant d’être exporté vers les marchés internationaux. » Les contrevenants s’exposent à la suspension de leur licence et à la résiliation de leur convention minière. Quatre mois plus tard, l’heure est à la mise en œuvre. Et c’est là que tout se joue.

Un secteur plus important qu’on ne le croit

La Guinée est surtout connue pour sa bauxite, mais l’or pèse lourd. Selon le ministère des Mines et de la Géologie, le pays a exporté en 2025 près de 19,9 tonnes d’or industriel et 49,6 tonnes d’or artisanal, soit environ 69,5 tonnes au total. Le World Gold Council classe la Guinée au sixième rang des producteurs africains. Au seul premier trimestre 2026, les exportations ont atteint 22,1 tonnes.

Un chiffre résume l’enjeu : plus de 70 % de l’or exporté provient de l’orpaillage. Autrement dit, la réforme ne réussira pas seulement dans les bureaux des grandes sociétés comme la Société Aurifère de Guinée (filiale d’AngloGold Ashanti), mais surtout sur les sites artisanaux de Haute-Guinée.

La raffinerie de Nimba, pièce maîtresse du dispositif

Tout l’or doit désormais transiter par la Nimba Gold Refinery, installée à Gbessia, à Conakry. Selon les chiffres communiqués par le ministre des Mines, Bouna Sylla, et le Fonds d’investissement minier, rapportés par Reuters, l’usine représente un investissement de 30 millions de dollars, pour une capacité initiale annoncée de 530 tonnes par an, extensible à 733 tonnes.

Cette capacité dépasse de loin la production nationale. Elle traduit une ambition régionale : faire de Conakry une plateforme de raffinage pour l’Afrique de l’Ouest, alors que le pays sert déjà de point de transit à une partie de l’or des pays voisins. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Côte d’Ivoire développent eux aussi leurs projets de raffineries. Mais la Guinée est allée plus loin que ses voisins en imposant une interdiction générale de l’export brut, ce que ni le Ghana ni la Côte d’Ivoire n’ont fait.

Pour accompagner le changement, des décrets lus le 3 juillet ont ouvert une période de négociation de 30 jours avec les opérateurs (approvisionnement des raffineries, prix, fiscalité, garanties financières) ainsi qu’une période de transition de 90 jours pendant laquelle des exportations exceptionnelles restaient possibles sous déclaration renforcée. Selon ce calendrier, la transition devait prendre fin début octobre.

Trois conditions pour transformer l’essai

  • Un prix juste pour les orpailleurs. Si le prix proposé par le circuit officiel est inférieur à celui des réseaux informels, une partie de l’or prendra le chemin de la contrebande. La compétitivité du prix d’achat est la première garantie de réussite.
  • La traçabilité et la formalisation. Le ministre des Mines a annoncé des mesures pour formaliser l’orpaillage et renforcer la traçabilité. L’exemple du Burkina Faso montre ce qui est possible : la production déclarée y est passée de 8,1 tonnes en 2024 à 42 tonnes en 2025 après une réforme de l’artisanat minier.
  • La certification internationale. Un lingot n’a de valeur sur les grands marchés que s’il est reconnu par les acheteurs internationaux. Obtenir les standards de qualité et de conformité exigés sera décisif pour que l’or « made in Guinea » se vende au meilleur prix.

Une même logique pour tout le secteur minier

La réforme de l’or s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation locale. Elle rejoint l’objectif de construire plusieurs raffineries d’alumine d’ici 2030 et les études demandées aux partenaires de Simandou pour une usine de boulettes de fer ou une aciérie. Nous analysions récemment ce défi dans notre article sur la bauxite record et la transformation locale. Pour les chiffres d’exportation, voir aussi le point sur la bauxite, le fer et l’or fin août, et pour la vision d’ensemble, la feuille de route Simandou 2040.

Si elle réussit, la Guinée captera davantage de valeur, de recettes fiscales et d’emplois qualifiés sur son propre sol. Le vrai test sera visible dans les prochains bulletins statistiques : la part de l’or artisanal qui passe effectivement par le circuit officiel.

Sources : ministère des Mines et de la Géologie ; Reuters et Bloomberg, cités par Agence Ecofin et Miningmx (juin-juillet 2026) ; World Gold Council.

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